Dans un jardin je suis entré

 

 dans-un-jardin-je-suis-entre


 

Dans un jardin je suis entré d'Avi Mograbi (2012, 97 min)

Dans un jardin je suis entré fantasme un « ancien » Moyen-Orient, dans lequel les communautés n’étaient pas séparées par des frontières ethniques et religieuses, un Moyen-Orient dans lequel même les frontières métaphoriques n’avaient pas leur place. Dans l’aventure commune d’Avi et Ali (l'ami palestinien du réalisateur), de ce voyage qu’ils entreprennent vers leurs histoires respectives dans une machine à remonter le temps née de leur amitié, le Moyen-Orient d’antan — celui dans lequel ils pourraient coexister sans efforts — refait surface avec une grande facilité.

Tout commence par le rêve d’une impossible rencontre entre  Avi Mograbi  et son grand-père, Imbrahim, devant leur maison de Damas, en 1920. Quelle langue parlaient-ils ? L’arabe d’Avi  est rudimentaire, et son grand-père n’a pas encore appris  l’hébreu. Dans ce rêve, le grand-père d’Avi l’informe que sa famille a décidé de quitter la Syrie pour la Palestine, Damas pour Tel-Aviv. Dans ce rêve, Avi décide de rester. « Vous partez pour la Palestine »,  dit-il à son grand-père, « je resterai et garderai la maison ».

Pour déplacer le rêve dans le réel, Avi se tourne vers son professeur d’arabe, Ali Al-Azhari, et lui propose une association : faire un film ensemble, d’un bout à l’autre, ajoute Ali.

Ali est un palestinien de Saffuriyya, un village près de Nazareth, c’est un réfugié dans sa propre patrie depuis  1948. Il a passé la majeure partie de sa vie d’adulte à Tel-Aviv, marié à une femme juive, avec laquelle  il a une fille, Yasmine.La façon dont  Ali a conduit sa vie privée est un défi politique lancé à l’un des fondements de la société israélienne, mais aussi palestinienne : celui de la séparation. Ensemble, Avi et Ali entament la préparation du film, et commencent à repérer des lieux significatifs de l’histoire perdue qu’ils partagent. Des lettres filmées en super 8 arrivent de Beyrouth. A peine trois heures  de route de Tel-Aviv, pour Ali et Avi, ce sont des années lumière ; un espace sans limite, dont ils ne peuvent que rêver. Les lettres racontent l’histoire d’amour et la séparation d’un homme et d'une femme - Libanais et juifs - déchirés lorsque les frontières du Moyen-Orient sont redessinées

 


Extrait d'un entretien avec Avi Mograbi :

(...)

AM : Quelqu’un m’a interrogé sur le fait que ce film, qui est comme un murmure, une manière de chuchoter plutôt que de crier, ne rencontre pas un grand succès en Israël. Je lui ai répondu : “Ce film est très doux, et ne se concentre apparemment que sur des relations humaines, mais en réalité, c’est mon oeuvre la plus radicale.” Pourquoi ? Parce que le film invente une réalité complètement différente. Les sionistes devraient considérer cela comme une proposition très dangereuse.

(...)

L'intégralité de l'entretien, réalisé par Romain Lefebvre, est à lire sur le site de la revue Débordements.

 

Lien vers l'article :

http://www.debordements.fr/spip.php?article206