Déchets, le cauchemar du nucléaire

 


dechets le cauchemar du nucleaire








Déchets, le cauchemar du nucléaire, de Eric Guéret et Laure Noualhat (2009, 1h37)

Talon d'Achille de l'industrie nucléaire, la question des déchets n'avait jamais été explorée par une enquête de cette envergure. Les auteurs décortiquent implacablement les réseaux, les accords, les filières, au grand dam d'Areva qui  essaye de glisser les déchets sous le tapis, en priant pour que les « générations futures » sachent s'en dépêtrer.



Un article de Rue 89 :


« La Russie accueille sur son sol 13% de nos déchets nucléaires. C’est notamment ce que nous apprend « Déchets, le cauchemar du nucléaire », documentaire d’Eric Guéret et Laure Noualhat, journaliste à Libération, diffusé ce mardi soir sur Arte à 20h45.

On y découvre des villes secrètes de 30 000 habitants comme Tomsk, en Sibérie, où dorment, impunément, des tonnes d’uranium enrichi, tandis qu’à l’hôpital d’à coté, la directrice reconnait un taux de cancer anormalement élevé.

Ou des responsables de la com’ de l’usine Areva de la Hague incapables d’affirmer face caméra qu’il y a « zéro contamination ». Sans parler des responsables d’EDF qui annulent l’interview quand ils comprennent la teneur des questions.

Talon d’Achille de l’industrie nucléaire en France, la question des déchets n’a jamais été explorée par une enquête de cette envergure (huit mois sur trois continents). En se faisant accompagner par les militants de Greenpeace -qui accumulent des données depuis trente ans- et les experts de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (Criirad), les auteurs ont eu accès à des images impressionnantes, comme ces futs gisant dans les fonds marins qui ouvrent le film. (voir la vidéo)

Une filière franco-russe mise au jour dans les années 80

La sortie de ce documentaire a réveillé la mémoire de ceux qui, dans les années 80, avec Greenpeace déjà, avaient découvert une filière franco-russe d’exportation d’uranium. Il ne s’agissait pas cette fois de déchets mais d’uranium appauvri qui, comme aujourd’hui, par bateau, était envoyé via la mer du Nord, dans ce qui était à l’époque l’URSS.

Le naufrage du Montlouis au large d’Ostende, en août 1984, avait fait les gros titres de la presse. Les Français découvraient alors qu’il suffisait d’un accident pour être exposé à une radioactivité inquiétante. « En pleine guerre froide, c’était un événement considérable », se souvient Jackie Bonnemains, ex-Greenpeace et président de l’association Robin des Bois.

A l’époque, Libération, déjà, expliquait : « L’usine Cogema sous-traite comme tout industriel certaines parties de son travail. Technsabexport est justement l’un de ses sous-traitants en matière d’enrichissement de l’uranium. Une véritable surprise ? Pas tant que ça.

 Avant que la crête nucléaire ne nous pousse vraiment et que fonctionne comme aujourd’hui l’usine d’Eurodif à Tricastin, il fallait que les Français passent obligatoirement par l’enrichissement des autres. C’est-à-dire des Etats-Unis et de l’Union soviétique.

Dans les années 70, période de forcing nucléaire, les experts craignaient même la panne sèche d’uranium enrichi pour leurs réacteurs du futur. La Cogema et EDF signaient alors des contrats importants prévoyant la fourniture du précieux combustible. »

Une filière franco-russe ancienne que les auteurs du documentaire ignoraient. Eric Guéret remarque que les « contrats étant secrets, peut-être y a-t-il encore plus d’uranium français en Russie qu’on imagine ». Il concède que ce film « pose beaucoup plus de questions qu’il apporte de réponses », notamment du fait du black-out opposé par EDF et Areva à leurs questions.

Un taux effectif de recyclage de 10%

Malgré le barnum médiatique déclenché par la sortie du film, accompagné d’un livre et d’un dossier en Une de Libération de lundi matin, Areva ne semble pas près de changer sa com, alléguant que le nucléaire est recyclable à 96%. Alors que, selon les nouveaux calculs que l’enquête a permis de réaliser, le taux effectif de recyclage des matières nucléaires est de 10%. Ce qu’Areva appelle matière recyclable et qui est envoyé en Russie n’est en effet pas réexploité, mais reste entreposé pour 80 à 90%.

Cet uranium appauvri issu de la filière de retraitement, pourquoi ne le réenrichit-on pas nous-mêmes ? Parce qu’on n’a pas la technologie. La centrifugeuse qui est en cours de fabrication en France le fera-t-elle ? « Pas sûr », estime Eric Guéret :

    « On nous a dit que comme l’uranium de retraitement est encore pollué par des isotopes de l’uranium, on ne risquera pas d’abimer une usine neuve avec ça... »


Sophie Veyrnet-Caillat


lien vers l’article : http://www.rue89.com/tele89/2009/10/13/de-normandie-en-siberie-dechets-le-cauchemar-du-nucleaire