Cameroun, autopsie d'une indépendance

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Cameroun, Autopsie d’une indépendance, de Gaëlle Leroy & Valérie Osouf (2008, 52 min)

 

 

Synopsis :

1955-1970. Pendant que les médias suivent les guerres d’Algérie et du Vietnam, une autre, couverte par le secret d’Etat, fait rage au Cameroun. Coup de projecteur sur ce conflit méconnu mais brutal pendant lequel la France cherchait à assurer son indépendance énergétique. Ce film prouve une nouvelle fois que la décolonisation pacifique de l’Afrique noire est un mythe. Bombardements au napalm, massacres de population… la guerre secrète menée au Cameroun fut d’une brutalité inouïe. En filigrane, c’est l’indépendance énergétique de la France qui se joue : le général de Gaulle voit dans ce pays le moyen d’échapper à la mainmise anglosaxonne sur le pétrole. Et cela à tout prix, comme le montre cette enquête qui feuillette les pages les plus noires de l’histoire coloniale et néocoloniale de la France de 1948 à 1991. Pour contrôler ce pays, il s’agit d’abord d’éradiquer l’UPC, un parti très populaire qui réclame l’indépendance. Pierre Messmer, Charles de Gaulle et Gaston Defferre font alors appel aux « casseurs de Viets », commandos qui se sont tristement illustrés au Vietnam, pour mener cette lutte antiguérilla. Dix pour cent de la population camerounaise y laissera la vie ! En 1960, le pays obtient l’indépendance. Mais, sous le régime du président Ahidjo, les massacres perdureront pendant vingt années. Ici, les réalisatrices mettent au jour les réseaux de la «Françafrique» : des liens tissés entre les chefs d’Etat africains, l’Elysée, Elf, les services de renseignements et les barbouzes qui sont alors à leur apogée. Un clientélisme bien particulier qu’Omar Bongo, président du Gabon, résume ainsi : « L’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur; la France sans l’Afrique, c’est une voiture en panne d’essence. » Aujourd’hui, le pays, qui vient de rejoindre le groupe des pays pauvres très endettés, reste très corrompu et ne publie toujours pas les chiffres de sa rente pétrolière. La mission militaire française au Cameroun, elle, reste classée secret défense pour cent vingt ans…."

Pour avoir le champ libre dans la brousse où les maquisards se cachent, l'armée va jusqu'à parquer quatre cent mille civils dans des camps. Comme au Vietnam, du napalm aurait été largué. D'un revers de main, Messmer dément mollement : "Ce n'est pas important..."

Pour ses richesses naturelles, son pétrole et ses forêts, il n'a, semble-t-il, jamais été question de laisser le Cameroun quitter tout à fait le giron français.

Si les deux journalistes n'abordent pas la situation d'extrême tension que traverse de nouveau le pays aujourd'hui, leur enquête a le mérite d'en éclairer, enfin, les causes. Il faut voir le président Ahmadou Ahidjo (1960-1982) accueillir en grande pompe une poignée de chefs d'Etat africains pour le dixième anniversaire de l'indépendance. Parmi ses hôtes : Mobutu, Bokassa, Bongo. De grands amis de la France, emblématiques de la décolonisation à la française en Afrique subsaharienne…

 

Source : http://www.program33.com/cameroun-autopsie-dune-independance/

 


Interview des réalisateurs :

 On peut la lire ici.