Troisième festival du documentaire politique et social en Creuse

Présenté par : Autour du 1er mai - Creuse Citron - Emile a une vache - Mémoire à vif - Peuple et Culture 19 - La loutre par les cornes.

Le vendredi 11 juin 2010 : à l'Atelier (Royère de Vassivière) à 21h30.

Le samedi 12 juin 2010 : au Villard de 10h à 24h.

La maternité d'Elne – 2002 – Durée : 56 mn.

Un film de Frédéric Goldbronn.

Produit par La compagnie des taxi-brousse et France 3 Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon.


En février 1939, chassés par les troupes du Général Franco, cinq cent mille réfugiés espagnols passent la frontière française. Ils sont internés dans des camps, en particulier à Rivesaltes, Argelès, Saint-Cyprien et Gurs. À partir de l’instauration du régime de Vichy en 1940, ces camps servent aussi à l’internement des Tziganes et des juifs d’Europe du nord, qui cherchaient refuge en France et qui seront déportés à Auschwitz et Maïdanek.

En novembre 1939, à Elne, à côté de Perpignan, Elisabeth Eidenbenz, une jeune institutrice du Secours suisse aux enfants victimes de la guerre, aménage une maternité de fortune dans un château à l’abandon. La maternité suisse d’Elne permettra à plus de six cents enfants de naître et de survivre à l’écart des camps, jusqu’à sa fermeture par les Allemands en avril 1944.

Le réalisateur Frédéric Goldbronn a retrouvé une vingtaine d’enfants nés dans ce lieu, des mères et des membres du personnel de l’époque. Ils ont été réunis pendant plusieurs jours dans le château qui abritait la maternité. Le film est le récit de cette rencontre.

L'art de vieillir – 2006 – France - Durée : 75 mn.

Un film de Jean Luc Raynaud.

Produit par Les Films en Hiver.


Un film pour conjurer l'idée reçue que la vieillesse est un naufrage...

Deux hommes et deux femmes, de 77 à 90 ans, libérés du jugement d'autrui, entrelacent leur art de vieillir dans une plénitude inattendue.

D'un autre côté, les parents de l'auteur vivent une vieillesse douloureuse, sous l'empire de la maladie.

Dans cet entre-deux, entre peine et plénitude, le film se fraye un passage et se propose de balayer l'idée reçue que la vieillesse est un naufrage.

Il donne à voir, tout simplement, qu'elle peut être un très bel âge.

Ce film s'adresse à tous ceux qui ont peur de vieillir. Il les invite à se lancer, sans appréhension, dans l'exploration d'un continent trop mal connu : le pôle Nord de l'existence humaine.


Prix du Meilleur Documentaire au Festival des Films du Monde - Montréal 2006 .


Le massacre de Sétif (Un certain 8 mai 1945) – 1995 – Durée : 55 mn.

Un film de Bernard Langlois et Mehdi Lallaoui.

Coproduit par Mémoires Vives Productions, point du jour et Sept/Arte.


Le 8 mai, jour de la victoire contre le nazisme, coïncide avec le massacre de Sétif. Le général De Gaulle déclare : "Nous avons retrouvé le droit de rire, de parler, de penser, d'êtres des hommes libres." Mais cette liberté ne s'applique pas aux Algériens.


Alger, 17 Mai 1945. Les glorieux tirailleurs algériens, accumulant faits d'armes et citations au sein de l'héroïque 7ème RTA, débarquent du croiseur "Gloire". Certains doivent rejoindre leurs casernes dans la ville de Sétif. Ils ont vaguement entendu dire que le 8 Mai passé, des heurts ont eu lieu dans leur ville entre Algériens et Européens, au cours de manifestations célébrant la victoire des alliés. La censure veille. Occulté jusqu'à aujourd'hui et pour la première fois mise en image, le récit des évènements du 8 Mai 45 à Sétif et dans sa région, est celui d'un véritable massacre de civils. Une insurrection organisée des indépendantistes de l'époque ? Une provocation ayant pour but de "mater les nationalistes" ? Une manifestation pacifique dégénérant en affrontement ? Ce film confronte archives, témoignages, rapports d'enquêtes inaccessibles et incommunicables jusqu'à ce jour, pour dire l'horreur que symbolise cette date pour des générations de militants nationalistes algériens qui prendront les armes 10 années plus tard.

Cinquante ans après, Mehdi Lallaoui réalise avec le journaliste Bernard Langlois le premier documentaire sur les massacres de Sétif, de Guelma et de Kherrata.

Le film, d'une écriture classique efficace alternant images d'archives, photos et témoignages inédits de survivants, a été projeté à maintes reprises à l'occasion de rencontres militantes et dans des écoles.


"Lorsque les journaux d'Alger sortent des presses le 17 mai 1945, on ne sait pas encore que de jeunes lycéens sont en prison dans la caserne de Sétif. De cette même caserne où l'on fusille des émeutiers, sont partis les libérateurs de la mère Patrie dont les journaux célèbrent le retour ce même jour. Le 8 mai 1945, les militants nationalistes qui organisent à Sétif et à Guelma les défilés de la victoire contre le nazisme ne sont pas dans une logique insurectionnelle. Ils n'en ont ni l'intention, ni les moyens. Ils ont par contre l'écho des déclarations du général De Gaulle à Brazzaville dans les oreilles : " En Afrique française comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n'y aurait aucun progrès qui soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas, moralement et matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu à peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est le devoir de la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi."

En mêlant les premiers drapeaux algériens à ceux des nations victorieuses, les manifestants pensent que ce 8 mai annonce l'ouverture d'une nouvelle ère : celle de la liberté. Ils rencontreront pour solde de tout compte, les mitrailleuses.

Il est rapidement établi, que c'est la police qui la première ouvrit le feu contre les manifestants de Sétif, à hauteur du café de France. Et ce dont les historiens sont sûrs aujourd'hui, c'est que l'émeute qui s'ensuivit coûta la vie à 103 Européens d'Algérie. La répression à l'encontre de la population algérienne fut féroce. Elle entérina la rupture qui trouvera son prolongement le premier novembre 1954, début de la guerre d'Algérie. Combien de morts à Sétif, Guelma, Kherrata et dans tout le Constantinois ? 5 000, 10 000, 20 000 ?

Les voix des survivants de Sétif, Guelma, Kherrata ne sont plus que de minces filets qui vont disparaître. Mais les porteurs de cette tradition de fraternité dont nous sommes légataires grâce à la république seront encore là. Et s'il existe des lois d'amnistie pour les crimes passés, les lois d'amnésie sont pour nous inopérantes."

Mehdi Lallaoui, réalisateur.


Il faut attendre le 27 février 2005 pour que, lors d'une visite à Sétif, Hubert Colin de Verdière, ambassadeur de France à Alger, qualifie les "massacres du 8 mai 1945" de "tragédie inexcusable". Cet événement constitue la première reconnaissance officielle de sa responsabilité par la République française.


My Zdes – 2005 – Slovaquie - Durée : 76 mn.

Un film de Jaroslav Vojtek.


Après le démantèlement de l'URSS, la famille Krnac décide de réaliser le voeu de leur mère et de revenir s'installer en Slovaquie.

Les 6 membres de la famille ont vendu tout ce qu'ils possédaient et partent vers ce pays qu'ils ne connaissent que par les récits de leurs parents. À leur arrivée à Bratislava, ils cherchent désespérément un travail et un logement.


C'est grâce à "La Famille Digitale" que le documentaire "My Zdes" a pu être présenté en France. Ils ont beaucoup travaillé pour pouvoir faire venir ce film en France, le traduire et le sous-titrer, l'éditer, le diffuser.

La Famille digitale

La Famille Digitale (LFD) est un collectif d'auteurs de cinéma documentaire de création et une maison d’édition audiovisuelle et multimédia, associative et indépendante. Elle réalise, édite et diffuse des œuvres documentaires en dehors des circuits industriels.

Films documentaires de création, expérimentaux, d’animation ou encore narrations sonores, au-delà des genres, ce sont surtout les écritures et les regards non contraints qui intéressent La Famille Digitale...

Site très intéressant à consulter :

La Famille digitale




Génocidé – 2008 – France - Durée : 25 mn.

Un film de Stéphane Valentin.

Produit par Piget Production.


« Ibuka (souviens-toi !) »

Lumière aveuglante dans l’obscurité de l’oubli, le poignant témoignage de Révérien Rurangwa, rescapé des massacres rwandais de 1994, bouleverse par son absence de concession. Présenté au Festival Silhouette et lauréat d’une Mention Spéciale à Clermont-Ferrand, le film « Génocidé » de Stéphane Valentin (adapté du livre éponyme de Révérien) réveille les consciences et aiguise les esprits.


Le 20 avril 1994, sur la colline de Mugina, Révérien Rurangwa alors âgé de 15 ans, est sauvagement mutilé à la machette avec quarante-deux autres membres de sa famille. Seul miraculé de cette boucherie, il survit, portant en lui les stigmates de la honte et de la barbarie : il perd un œil, un bras et la moitié de son nez. Depuis lors, témoigner des atrocités commises par les Hutus devient son unique raison de vivre.

Même si les moyens de représentation sont limités et ne peuvent rendre compte de l’ampleur de la tragédie, ils restent des outils de mémoire indéniables. Stéphane Valentin revendique cette idée en se servant habilement de sa caméra pour mettre en images les mots de Révérien. La communion des deux mondes fait de « Génocidé » une œuvre syncrétique forte et intéressante.

Le cinéaste occitan s’affranchit aisément de l’accumulation de scènes choquantes inutiles en ayant recours à un dispositif simple et distancié. En face caméra, cadré jusqu’à la taille, Révérien exprime sa rage. La nature qui l’entoure évoque la pureté de la virginité originelle et ses paroles acérées contrastent grandement avec le paysage immaculé des montagnes suisses. Des intertitres et des extraits de son livre viennent entrecouper sa confession verbale. Leur couleur rouge vive, parti pris esthétique et stylistique, est là pour rappeler le sang des victimes et vient s’opposer à la blancheur de la neige environnante.

Longs et détaillés, les passages tirés du livre de Révérien sont les moments les plus extrêmes et les plus violents du film. Ils requièrent de la part du spectateur un certain effort qui l’oblige à participer activement à la lecture du film. Loin de le guider et de le prendre par la main, le réalisateur aime le bousculer dans sa confortable place de douce passivité.

Film à message, « Génocidé » est une blessure ouverte et nécessaire par laquelle toutes les victimes de tous les génocides continuent de saigner.

Marie Bergeret


Teshumara, les guitares de la rébellion Touareg – 2006 – durée : 58 mn.

Un film de Jérémie Reichenbach.

Hibou Production.


Un très beau documentaire musical sur le groupe phare de la musique touareg, Tinariwen.


"C'est le rock des Touareg, rencontre entre un BB King acéré et des muezzins survoltés, chants de révolte, d'errance, d'amour, blues nomade popularisé hors des frontières du Mali par le groupe Tinariwen, littéralement, la nouvelle culture touareg.Mais les Tinariwen ne sont pas qu'un orchestre. Durant la rébellion des Touareg contre le pouvoir malien, au début des années 90, ils furent aussi de farouches combattants, des maquisards troubadours dont les chansons, interdites au Mali, servirent d'hymnes révolutionnaires.

Une saga en musique : car les rebelles du désert ont définitivement posé leurs fusils pour agripper à nouveau leurs guitares."


Argentinazo, vivre avec la crise - 2005 - Durée : 52 mn.

Un film de David Futerman.

Produit par La Cathode.


Décembre 2001… Les médias diffusent - horrifiés - les images du peuple argentin en pleine explosion sociale et populaire lors des journées du 19 et 20 décembre 2001. El Argentinazo nous a marqué à la fois parce qu'il constitue la première des grandes crises du nouveau millénaire mais aussi parce qu'il a remis au goût du jour des pratiques qui semblaient s'être perdues face aux assauts du libéralisme : Les assemblées générales de quartier, le troc, la récupération et l'autogestion d'entreprises par leurs travailleurs, l'action directe, etc., semblaient avoir été mis au placard définitivement. Pourtant, l'Argentine est de ces pays, à l'instar de l'Espagne, qui ont été fortement marqués par des pratiques directement issues du riche et foisonnant mouvement anarchiste des XIXe et XXe siècles même si, aujourd'hui, les anarchistes argentins ne sont toujours pas « un sur cent »…



Dem walla dee (Partir ou mourir) - 2007 - Durée : 28 mn.

Un film de Rodrigo Saez.

Produit par le CADTM.


Ce documentaire, tourné à Dakar par des militants du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde, pendant l’été 2007, donne la parole aux sénégalais, partis clandestinement en chaloupes à travers l’océan atlantique, pour rejoindre l’Europe qui verrouille ses frontières.

Par-delà les récits poignants des traversées, que nous livrent ceux qui ont essayé d’émigrer et qui ont ensuite été ramenés en avion au Sénégal, ce film nous fait découvrir les conditions de vie sans espoir de tous ceux qui veulent partir et qui dénoncent leur propre gouvernement, qui après les avoir rapatriés, les abandonne à leur sort.

Fou, malade, rappeur, Mignane Diouf (coordonateur du Forum Social Sénégalais), mettent en cause les gouvernements du Nord qui pillent leur pays depuis plusieurs siècles à travers l’esclavage, le colonialisme, la dette, les accords de pêche, les APE.

Et comme nous le dit avec conviction Sidiki Daff : « La libre circulation des hommes est un droit inaliénable. »

De jour comme de nuit - 1991 - Durée : 111 mn.

Un film de Renaud Victor.

Coproduit par Vidéo 13 production, Bruno Muel Production et FR3 Méditérranée.


Les Baumettes, Marseille, 1991. La prison, telle une "caisse de résonnance", amplifie les problèmes de société : entrer ou sortir, être dedans ou dehors, les ressemblances priment les différences. De son immersion dans ce monde carcéral, Renaud Victor rapporte un film en deux parties sur les hommes enserrés dans les murs. Ils parlent de ce dont ils ont envie de parler, avec dignité, émotion et humour...

La nécessité d'instaurer un climat de confiance, tant avec les détenus qu'avec les surveillants, a conduit le réalisateur à partager, durant un mois, leur vie en prison. C'est cette longue approche qui permet sans doute aux uns et aux autres de dépasser le stade du simple témoignage inhérent à l'univers carcéral et de révéler, à travers le miroir déformant qu'est la prison, les mécanismes qui régissent notre société. Rendre leur dignité aux détenus, c'est d'abord leur donner la parole. Une parole terrible de vérité, sans garde-fou, formidable revanche sur le langage du pouvoir et l'insupportable langue de bois (exemple de cette avocate venue s'entretenir avec son client). Un acte de vie dans un univers où, comme le dit l'un des détenus, "on craint de perdre des mots."

Sadia Saïghi


Darwin et Kropotkine – 2007 – Durée : 7 mn.

Vidéogramme réalisé par les Chevreaux Suprématistes.

Production la Villette.


Un dialogue imaginaire entre deux des plus grands naturalistes du XIXe siècle, Darwin et Kropotkine.

Choron dernière - 2008 - Durée : 98 mn.

Un film de Pierre Carles et d'Eric Martin.


Georges Bernier est mort le 10 janvier 2005 à 75 ans. C'est non seulement l'un des grands patrons de la presse française qui disparaissait mais également un artiste à part entière, unique en son genre : le professeur Choron.


Même refroidi, Georges Bernier (1929-2005), alias le Professeur Choron, continue de foutre sa merde. L'équipe actuelle de Charlie Hebdo vient d'en faire une dernière fois les frais en essayant en vain d'interdire la sortie de cet impertinent documentaire signé d'un autre poil à gratter médiatique, Pierre Carles. Philippe Val ne supportait pas de voir son nom sur la même affiche que le scatologique cofondateur d'Hara-Kiri (en 1960) et de Charlie Hebdo première mouture (en 1970), dont il a toujours renié l'encombrant héritage.

S'il avait pris la peine de visionner le film avant de monter sur ses grands chevaux, Val aurait découvert un honnête portrait vidéo monté à la serpe, composé de savoureuses images d'archives et d'entretiens plus récents, à charge ou à décharge. Si l'on devine assez vite de quel côté les coeurs des deux réalisateurs balancent, aucune facette de la personnalité du « Professeur » n'est passée sous silence.

Au milieu des frasques éthylo-pathétiques pas toujours du meilleur goût (nez rouge et bite à l'air), on retrouve quelques-unes des vidéos « bêtes et méchantes » dont Choron avait le secret et sans lesquelles Les Nuls et Groland n'auraient sans doute jamais existé. Mais le doc réserve aussi son lot d'anecdotes inédites, comme l'irrésistible évocation de son expérience de troufion giton. C'est ainsi que Choron est grand !

Jérémie Couston

Site pouvant être consulté :

Choron dernière



10 min. - 2008 - Durée : 19 mn.

Un film de Jorge Leon.

Produit par le Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme.


Coup de coeur et de poing au Festival Silhouette à Paris, « 10 min. » relate l’horreur vécue par une jeune bulgare dans le milieu de la prostitution belge. Construit autour d’un témoignage, d’une voix-off, et d’arrêts sur images, le documentaire de Jorge León, ancien étudiant de l’INSAS, a été réalisé dans le cadre de la journée européenne contre la traite des êtres humains.

Il suffit de taper “prostitution” sur Google pour se retrouver avec une masse d’informations et de témoignages sur le sujet en question. Il suffit d’un film pour saisir l’ampleur du même mot sur le destin d’une jeune fille parmi d’autres. Un cas isolé, mais une histoire universelle. Elle est bulgare, mais elle aurait pu tout aussi bien naître ailleurs. Elle ne sait pas qu’en quittant son pays, elle s’occupera pas de personnes âgées, comme une “amie” le lui promet, mais qu’elle devra travailler en tant que prostituée dans une vitrine de la capitale. Elle ne sait pas que si elle n’enchaîne pas les clients et les passes, elle se fera tabasser. Elle ne sait pas que malgré sa fuite, et son retour en Bulgarie, elle se fera entrainer de force et violer à envi. Elle ne sait pas, elle va le savoir. C’est un être humain, et pourtant, c’est une victime de ses pairs et d’un trafic qui la dépasse. Son histoire, elle la livre à quatre officiers de la Police Judiciaire, et pourtant, elle refuse de signer sa déclaration, par peur de représailles. La violence, elle connaît.

De leur côté, les policiers ont mené leur enquête. Pour rembourser les frais de vitrine, contenter leur “poisson” (proxénète), et éviter la violence gratuite, les filles travaillent en général douze heures par jour, tous les jours de la semaine. « Pour optimiser le rendement de leurs prostituées, certains proxénètes réclament l’usage d’une minuterie de cuisine, limitant le temps de la passe à dix minutes pour cinquante euros », est-il précisé. Dix minutes, c’est le temps de cuisson d’un œuf dur, d’une tarte aux abricots, et d’un poulet au vin blanc. Dorénavant, c’est aussi le temps d’un rapport sexuel monnayé.

S’appuyant sur un témoignage peu anodin sur les dommages moraux et physiques occasionnés par la prostitution, ce film de commande possède une originalité de forme. La victime n’apparaît pas à l’image, le visage floué ou barré de lunettes noires. Son témoignage, recueilli lors de son audition judiciaire, est lu par quelqu’un d’autre, l’acteur et réalisateur Josse De Pauw.

Pour illustrer un sujet tabou, Jorge León a eu recours au photomontage. Chaque phrase est en lien avec une image différente et explicite : une horloge, une chaise, une maison, une chambre, un lit, des chaussures à talons hauts, de l’argent, des minuteries en plastique, … La forme choisie accentue l’importance et la gravité du récit, et suscite, par sa pudeur, l’empathie du spectateur. Un bon documentaire est un documentaire qui provoque une prise de conscience et qui décille le regard. « 10 min » s’inscrit, avec force, dans cette optique.

Katia Bayer


Rien à perdre (Nothing to lose) - 2009 - Durée : 78 mn.

Un film de Jean Henri Meunier.

Coproduit par K Production et les Productions du Ch'Timi.


Ce film est d’abord né d’une rencontre forte et fortuite, dans une rue toulousaine, avec un homme errant « aux semelles de vent », un vagabond gouailleur et lumineux : Phil le Fakir, clown et SDF de son état, lancé alors dans une grève de la faim contre le harcèlement de la Police Municipale et pour le combat quotidien des Enfants de don Quichotte Toulousains.C’était le jour de son anniversaire, il était joyeux et criait qu’il était né le même jour que la mort d’Edith Piaf, dans le même hôpital…

Je savais désormais que ce film serait le portrait d’obscurs flamboyants, d’errants majestueux, de perdants généreux, de déclassés à la classe humaine sans pareille, de figures de l’ombre mises en lumière… Ce film raconte leur vie des hauts et bas, leur combat pour avoir un toit...



L'asile du droit - 2007 - Durée : 54 mn.

Un film de Henri de Latour.

Produit par ADL Production et soutenu par FR3.


En 2006, 40 000 personnes ont demandé l’asile politique à la France. L’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra), chargé de statuer, en a refusé 92 %. Une requête est toujours possible, auprès de la Commission des recours des réfugiés. C’est dans ce grand bâtiment de la région parisienne qu’Henri de Latour a promené sa caméra. Certains requérants en sont déjà à leur troisième démarche infructueuse. Réputée comme étant le pays d’Europe le plus ouvert aux réfugiés politiques, la France ne fait souvent qu’entrebâiller sa porte : en 2006, seules 7 354 personnes ont obtenu l’asile politique.

Ce film au montage pas toujours bien huilé, mais dont les images sont fortes et parlantes, couvre les deux côtés de la barrière. D’un côté, les plaignants et leurs avocats, la foi chevillée à l’âme, qui préparent leur défense. De l’autre, les audiences souvent trop minutées pour exposer des vies entières… Le rituel y semble immuable : le président de séance, venu de la société civile, fait tout pour repérer les failles dans les dossiers. Un rescapé du système Poutine ne trouve pas grâce à ses yeux, ni un fuyard du Bangladesh, ni une victime de règlements de comptes ethniques au Congo… Il est sans doute difficile de faire le tri entre les victimes politiques et les autres, mais le tranchant du couperet effraie (froideur administrative, logique parfois arbitraire). Et les avocats s’inquiètent : « Il y a des gens formidables ici, dans la Commission, mais quelle marge ont-ils face à des politiques qui raisonnent de plus en plus en termes de quotas ? »

Emmanuelle Bouchez


Barça ou Barzakh (Barcelone ou la mort) - 2007 - Durée : 52 mn.

Un film d'Idrissa Guiro.

Produit par Simbad Films.


C'est un peu "la bourse ou la vie" version sénégalaise. Au 30ème festival du Cinéma du réel, ciné-frontières Barça ou Barzakh (Barcelone ou la mort) , le premier film d'Idrissa Guiro, a reçu le prix Louis Marcorelles du ministère des Affaires étrangères.

La première activité économique des habitants de Thiaroye-sur-mer au Sénégal est la pêche. Pourtant ils ne peuvent rien contre les chalutiers européens, chinois ou japonais qui écument leurs eaux. Les pêcheurs reviennent trop souvent bredouilles après une journée en mer. Ils ne peuvent ni gagner leur vie chez eux ni aller tenter de le faire en Europe. Reste la migration et ses aléas. Les villageois ne crient pas leur colère, ils sont assommés, l'air déjà parti. Dans Barça ou Barzakh, son premier film, Idrissa Guiro montre à quel point l'obsession de rejoindre l'Europe domine la peur de la mort. Le film s'articule autour du récit de Modou qui a failli mourir lors de sa deuxième tentative de traversée de l'Atlantique en pirogue. La mer était déchaînée, des vagues de huit mètres de haut. Les passagers, entassés par 100 dans une pirogue de 12 mètres, chantaient pour se donner du courage. Ils connaissaient bien la mer mais ils ne l'avaient jamais vu comme cela. Le GPS était en panne, les hommes pleuraient d'épuisement, de froid et de peur. Des cargos les ont ignorés. Des gardes côtes marocains les ont sauvés. Retour forcé au Sénégal. Seul point positif : les passagers s'en sont tous sortis vivants. Ils ont eu de la chance.

En 2006, 25 000 clandestins sénégalais ont rejoint les Canaries. 3000 sont morts dans leur tentative. Même s'il est traumatisé par ses traversées précédentes, Modou n'a pas l'intention d'abandonner. La tension entre son départ possible, incarné par la construction d'une pirogue, et le hors champ de son récit cauchemardesque structure le film. Pas de répit pour le spectateur, malmené par un sentiment d'impuissance et la couleur rouge omniprésente. La musique de Youssou N'Dour et les cadres très proches des personnages adoucissent l'atmosphère. Les images sont belles, très belles et permettent de s'installer dans cette réalité difficile. Tala, l'autre personnage central du film a fait le choix inverse de son cousin Modou. Son combat à lui se situe au Sénégal. Enseignant aux Etats-Unis, il a choisi de revenir au village pour soutenir le développement du pays. Son entourage et sa famille le prennent pour un farfelu. Dans les rues de Thiaroye-sur-mer de larges panneaux publicitaires en faveur de la banque Western Union qui gère les transferts d'argent rappellent : "Mon fils m'envoie une raison supplémentaire d'être fier de lui". Tala le professeur tente de dissuader son cousin Moudou de repartir. Sans succès. Barcelone ou la mort, Barça ou Barzakh, en wolof ...

La force du film tient à la manière de capter la pugnacité des hommes et des femmes qui habitent ce village. Mais aussi à celle du réalisateur Idrissa Guiro qui n'a pas attendu de trouver des financements pour partir seul avec une caméra de location. Il a ressenti l' urgence. Il connaît bien le pays : son père est Sénégalais. Il fait souvent des allers-retours depuis la France, son pays natal, et se désole que les Africains ne jouissent pas du même droit de circuler que lui d'un pays à l'autre. L'élément déclencheur du film a été la lettre d'adieu écrite par un migrant avant de mourir en mer qui disait : "La situation est si pénible à bord que je ne crois pas que je vais m'en sortir vivant. Je veux que ceux qui trouvent cet argent le donne à ma famille (...) Adieu et pardonnez-moi". Cette lettre a été retrouvée à bord d'un navire fantôme, en face du Brésil, après quatre mois à la dérive.

L'immigration a toujours fait partie de l'histoire du Sénégal, mais elle a pris une allure dramatique ces dernières années. Pourquoi ceux qui mesurent les risques de la traversée envisagent-ils de les braver pendant des jours et des nuits ? Idrissa Guiro a voulu comprendre la complexité de ce choix. Barcelone ou la mort est un film sur le départ. Il est là, en permanence : dans les plans des pirogues peintes de fleurs ou des regards perdus des élèves en cours d'anglais, quand chacun raconte la perte d'un proche dans un naufrage. La mer rythme le film. Ni menaçante ni trop belle. Là, simplement. Pour certains le film est trop esthétisant, les images trop belles, "cartes postales" et loin de la réalité. Idrissa assume son style. Ce qui compte c'est que le public africain voie ce film. Il est heureux d'avoir saisi des scènes inattendues. Celle d'un jeune garçon, à la sortie de l'école, qui se plante silencieux devant la caméra, une feuille à la main avec l'inscription : "partir en Europe".

Marie Bonnard/Collectif Les Incorrigibles




Bilin my love - Israël - 2006 - Durée : 85 mn.

Un film de Shai Carmeli Pollack.

Produit par Claudius Films.


Shai Carmeli Pollack réalise avec Bil’in Habibti un documentaire coup de poing sur le quotidien du village de Bil’in qui essaie, par le biais d’un comité populaire contre le mur, de résister pacifiquement à la confiscation de la moitié de ses terres pour les besoins de la construction du mur. Immergé dans cette lutte aux côtés des Palestiniens, Shai Carmeli Pollak la filme de l’intérieur et sur le vif, captant les oliviers centenaires qu’on déracine, les arrestations brutales en pleine nuit, les flambées de colère entre habitants et soldats. Suivant le combat de plusieurs personnages - Rani, Wagee et Mohammed -, il nous montre les liens qu’il tisse avec eux et le visage quotidien de ce conflit.


Le village de Bil’in est sur le point de perdre plus de la moitié de sa surface au profit du Mur de sécurité et de la colonie juive de Modi’in Elite. Les habitants du village décident de se lancer dans un combat contre la construction du mur et sont rejoint par des militants israéliens et du monde entier. Le réalisateur, Shai Carmeli-Pollak, accompagne la lutte du village durant plus d’un an, en mettant l’accent sur deux figures centrales : Mohamed, un membre du comité de lutte local du village contre le mur, et Wagee, fermier et père de dix enfants, qui est en train de perdre la majeure partie de sa terre prise par le mur et la colonie.

Le film expose l’extraordinaire relation qui s’est créée entre les villageois et un groupe de militants israéliens, en toile de fond de leur lutte. Le conflit qui naît entre Shai et les soldats en service dans la région né pas seulement entre un cinéaste et ceux qu’il filme, c’est aussi un conflit entre un ancien soldat, qui est devenu militant de la paix et une organisation militaire dans son ensemble.


Article à consulter :

Article Humanité



Bombarde et lacrymo - 2009 - Durée : 36 mn.

Un film d'Eric Le Lan.

Produit par Canal-TI-ZEF.


Carhaix, 8000 habitants, un hôpital. En 2008, trois services de l’hôpital sont menacés de fermeture. La population, les salariés se lancent dans un combat pour sauver leur hôpital de proximité, pour continuer « de vivre,naître et travailler au pays ». Après plusieurs mois de luttes, c’est une victoire, les services sont maintenus, mais...

Ce film propose un retour sur la lutte pour l’hôpital de Carhaix autour d’interviews et de rencontres.






Il s'agit de ne pas se rendre - France - 2009 - Durée : 66 mn.

Un film de Naïma Bouferkas et Nicolas Potin.

Produit par Non Lieux.


" Printemps 2006, Toulouse. La rue déborde, le gouvernement "entend ceux qui manifestent, mais aussi ceux qui ne manifestent pas ». Grèves, cortèges monstres, occupations et blocages. Le décor est planté, c’est le mouvement « anti CPE ». Deux mois de routine brisée, c’est peu, mais ça laisse du temps pour discuter, s’organiser, se confronter. Grévistes, salariés, syndicalistes, policiers, usagers « pris en otage » : on est aux premières loges. Savoir terminer une grève ? Ne pas se rendre (titre inspiré d’une phrase écrite en prison par le poète Nazim Hikmet.


Prix INA de la première œuvre, Prix René Vautier au Festival de l'Acharnière 2008...


Sites intéressants à consulter :

Site 1 Site 2 Site 3




Ce vieux souvenir enfoui - France - 2009 - Durée : 18 mn.

Un film de Flore Guillet.

Produit dans le cadre de la Fémis.


Un fonds d'archives amateur m'évoque un paysage imaginaire, lié à un sentiment d'enfance. Le film suit le mouvement de la mémoire, dans sa construction, dans sa défection, et propose un retour sur nos rêves et utopies d'enfants.




La grippe du laissez-faire - 2009 - France - Durée : 25 mn.

Un film d'Arthur Rifflet - Mille plateaux Productions.


Au Mexique, lorsqu'éclate la crise de la grippe porcine, le village de La Gloria, dans l'Etat de Vera Cruz, devient le centre d'attention médiatique et politique d'un monde en alerte sanitaire.

C'est ici que serait apparu, chez un enfant de 5 ans, le cas "zéro" de la grippe H1N1. Pourtant, depuis plusieurs années, les habitants de la vallée de Perote dénoncent la contamination des sols, de l'eau et de l'air provoquée par les élevages industriels de porcs de l'entreprise Granjas Carroll, filiale de la multinationale Smithfield.

Malgré les poursuites judiciaires, leur combat continue contre le "laissez-faire" des autorités.

Ce documentaire prend le prétexte de la « pandémie » pour donner la parole aux résistances locales et dénoncer la collusion entre le pouvoir local et l’entreprise Granjas Carroll de Mexico.


Train de vie - 2004 - France - Durée : 13 mn.

Un film réalisé dans le cadre d'un atelier de pratique artistique par la classe de première bac professionnel production végétale du LPA Lavaur Flamarens.


Comme à une divinité, les dirigeants des pays industrialisés en appellent à la sacro-sainte croissance pour résoudre tous nos problèmes. Or, ils savent parfaitement que si tous les terriens devaient avoir le même niveau de vie que les occidentaux, il faudrait les ressources naturelles d'au moins cinq planètes.

La croissance semble donc le plus sûr moyen de nous renvoyer à l'Age de Pierre à coups de catastrophes et de guerres.








Speak White - 1980 - Québec - Durée : 6 mn.

Un film de Pierre Falardeau et Julien Poulin.


Court métrage réalisé à partir d’un poème de Michèle Lalonde, créé en 1970 à l’occasion de de la première Nuit de la poésie à Montréal. Le texte se déroule sur un montage de photos chocs appuyées d'une trame sonore suggestive, dans un film dénonçant l'impérialisme économique et culturel des classes dominantes.

Ce collage de photographies d'archives sert de trame visuelle à cette adaptation libre du célèbre poème de Michèle Lalonde, Speak White .






Barres - 1984 - France - Durée 14 mn.

Un film de Luc Moullet.


Une suite de sketches très courts montre toutes les possibilités imaginables pour passer les tourniquets du métro sans ticket.





Nouvelle société 5. « Kelton » - 1969 - Durée 8 mn.

Produit par Slon, Iskra.




Les conditions de travail dans l’horlogerie Kelton-Timex : les ouvrières travaillant comme des marionnettes, les évanouissements, les accidents et en guise de prime de la « Nouvelle Société », Sylvie Vartan venant chanter à l’atelier…

Nouvelle société 6. « Biscuiterie Buhler » - 1969 - Durée : 9 mn.

Produit par Slon, Iskra.




Une petite fille dont la mère travaille à la biscuiterie Bulher et le père est routier, raconte sa vie. Une vie familiale désagrégée par le travail. Le monde des travailleurs vu à travers les yeux de leurs enfants.

Nouvelle société 7. « Augé découpage » - 1970 - Durée : 11 mn.

Produit par Slon, Iskra.




Dans une usine de contacteurs électroniques, les conséquences sur la vie des ouvriers, de la pression des grandes entreprises sur les petites : les cadences s’accélèrent, la tension monte, les accidents deviennent plus fréquents et plus graves ; un ouvrier perd sa main dans une presse.